Sunday 26 January 2020
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reliefweb - 2 month ago

Burkina Faso: Reprendre en main la ruée vers l’or au Sahel central : Rapport Afrique N°282

Source: International Crisis Group Country: Burkina Faso, Mali, Niger
Synthèse Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des pays du Sahel central, des groupes armés s’emparent depuis 2016 de sites d’orpaillage dans des zones où l’Etat est faible ou absent. Leur convoitise est attisée par le boom du secteur aurifère artisanal depuis la découverte, en 2012, d’un filon saharien allant du Soudan jusqu’en Mauritanie. Ces groupes armés, y compris jihadistes, trouvent dans ces mines d’or une nouvelle source de financement, voire un terrain de recrutement. Des réseaux informels sont de plus en plus impliqués dans le transport du métal précieux. L’orpaillage artisanal risque donc d’alimenter la violence et les réseaux criminels transnationaux. Les Etats sahéliens devraient encourager la formalisation des activités aurifères, tout en veillant à ne pas s’aliéner les orpailleurs. Ils devraient redoubler d’efforts pour sécuriser les sites d’orpaillage et éviter que les forces de sécurité ou les milices alliées ne deviennent des éléments prédateurs. Les gouvernements de ces pays et de ceux qui achètent leur or devraient renforcer leur régulation du secteur. Les Etats de la région peinent à remplir leur mission de sécurité dans les mines d’or. Face au risque d’appropriation violente des ressources aurifères par des acteurs armés non étatiques, les forces de sécurité des pays sahéliens sont en nombre insuffisant et hésitent à se déployer dans des zones rurales où leur présence est contestée. L’Etat est tenté de déléguer – de manière informelle pour l’instant – la responsabilité de la sécurisation des mines à des acteurs armés locaux et non étatiques. Mais ce dispositif montre d’importantes limites : la capacité des autorités à réguler les sites miniers, même de manière indirecte, s’étiole à mesure que la sécurité se dégrade et que des groupes armés contestent les autorités publiques. Des groupes armés de toutes natures risquent de s’autonomiser et d’exploiter les ressources aurifères en contournant de plus en plus l’Etat. Signe des violences accrues, deux attaques ont récemment tué plus d’une soixantaine de civils travaillant dans l’extraction de l’or au Burkina Faso – la première contre un site artisanal du Nord-Ouest en octobre et l’autre près d’un site industriel de l’Est en novembre. Le boom du secteur aurifère artisanal menace les Etats du Sahel central par d’autres aspects. Les enjeux financiers associés à l’exploitation aurifère artisanale sont devenus considérables ces dernières années. Cela a conduit à la formation de réseaux commerciaux locaux, régionaux et internationaux informels spécifiques. Ceux-ci peuvent contribuer au financement de groupes armés et/ou du terrorisme et à une augmentation du blanchiment d’argent dans la région en raison de l’immixtion de trafiquants dans l’économie aurifère artisanale. Bien que les dynamiques locales varient au Sahel, chaque pays peut prendre des mesures pour développer une présence assainie des pouvoirs publics sur les espaces miniers et prévenir les risques de captation des ressources minières par les groupes armés, y compris jihadistes : Dans les zones aurifères marquées par l’insécurité, les Etats devraient soit déployer leurs forces de sécurité à proximité des sites (mais pas nécessairement dans les mines elles-mêmes), soit formaliser le rôle des acteurs locaux non étatiques en matière de sécurité des espaces miniers et mieux les encadrer. Dans tous les cas, les dispositifs de sécurisation des sites devraient s’accompagner de mécanismes de gouvernance afin d’éviter que les forces chargées de la sécurité deviennent des éléments prédateurs, ce qui pousserait les orpailleurs dans les bras des groupes armés qui s’opposent à l’Etat. Dans les zones où les Etats peuvent exercer leur autorité sans devoir mobiliser d’importants moyens sécuritaires, ils devraient encourager la formalisation des activités aurifères, notamment en délivrant des permis d’orpaillage et en mettant en place des comptoirs aurifères. Cette politique devrait s’accompagner de l’octroi d’avantages fiscaux ou de la mise à disposition de services de base pour montrer aux orpailleurs que l’Etat peut leur être utile. Les Etats devraient également trouver un équilibre entre industrialisation des sites, génératrice de revenus pour l’Etat, et préservation d’un orpaillage artisanal pourvoyeur d’emplois, afin de ne pas s’aliéner les orpailleurs. Les Etats du Sahel central devraient renforcer le contrôle des circuits de commercialisation de l’or afin de réduire le risque de blanchiment d’argent et de financement des groupes armés. Ils devraient harmoniser leurs cadres légaux et développer des mécanismes financiers spécifiques pour que la production d’or emprunte des réseaux formels de commercialisation, privés ou publics, plutôt que des réseaux informels. Au niveau international, les Emirats arabes unis (Dubaï spécifiquement), la Suisse et la Chine, principaux importateurs d’or en provenance des pays sahéliens, devraient renforcer le cadre légal de leurs importations d’or.


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