Tuesday 20 April 2021
Home      All news      Contact us      RSS     
reliefweb - 2 month ago

Cameroon: Cameroun : Les survivants d’une agression militaire attendent justice

Country: Cameroon Source: Human Rights Watch Parmi les victimes, vingt femmes ont subi des viols lors d une attaque perp tr e en mars 2020 Ebam (Nairobi) Lors d une attaque commise par des soldats camerounais le 1er mars 2020, au moins 20 femmes dont quatre femmes handicap es ont t viol es, un homme tu et 35 autres arr t s, a d clar aujourd hui Human Rights Watch. L attaque contre le village d Ebam, dans la r gion du Sud-Ouest, a t l une des pires perp tr es par l arm e camerounaise ces derni res ann es. Les soldats ont galement incendi une maison, pill de nombreuses propri t s et s en sont violemment pris aux hommes qu ils ont emmen s dans un camp militaire. D apr s les informations obtenues par Human Rights Watch, il n y a pas eu d enqu te v ritable et les responsabilit s n ont pas t tablies. La violence sexuelle et la torture sont des crimes odieux sur lesquels les gouvernements ont l obligation d enqu ter imm diatement, de mani re efficace et ind pendante, et qui exigent de faire traduire les responsables en justice , a d clar Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique Human Rights Watch. Un an plus tard, les survivants de l attaque d Ebam ont d sesp r ment besoin de justice et de r parations et sont choqu s de voir que ceux qui leur ont fait subir des violences sont libres et que leurs actes sont rest s sans cons quence. Les r gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun sont en proie des violences depuis fin 2016, date laquelle des s paratistes arm s ont cherch obtenir l ind pendance des r gions anglophones minoritaires du pays. Human Rights Watch s est entretenu par t l phone entre le 1er ao t et le 5 janvier 2021 avec 20 survivantes de viol, quatre hommes arr t s et pass s tabac, quatre t moins de l attaque, deux proches de l homme tu , un m decin qui a examin les victimes du viol, deux travailleurs humanitaires qui ont aid les victimes et deux fonctionnaires de l ONU au courant de l incident. Human Rights Watch a galement consult des informations confidentielles d une ONG internationale et du Centre pour les droits de l homme et la d mocratie en Afrique (CHRDA), une organisation de d fense des droits camerounais bas e Buea, dans la r gion du Sud-Ouest, informations qui corroborent ses propres conclusions. Human Rights Watch les a transmises de hauts responsables de la pr sidence camerounaise dans une lettre en date du 13 janvier, dans laquelle il tait demand de r pondre des questions sp cifiques. Les responsables camerounais n ont toutefois pas encore r pondu. Des t moins ont d clar que plus de 50 soldats sont entr s pied Ebam, dans la division de Manyu, situ e dans la r gion du Sud-Ouest, le 1er mars 2020 vers trois heures du matin, laissant leurs v hicules la lisi re du village. Ils ont p n tr par effraction dans la quasi-totalit des maisons, o ils ont vol de l argent, entre autres, et forc les hommes se rendre l ext rieur. Certains soldats ont captur des hommes dans le centre du village, tandis que d autres se sont livr s des agressions sexuelles contre des femmes, dont quatre femmes handicap es, dans la plupart des cas leur domicile. Cinq soldats portant un masque sont entr s chez moi , a relat une femme g e de 40 ans Human Rights Watch. Il faisait noir et j tais seul. Ils ont fouill la maison et vol mon t l phone et mon argent. L un d eux a abus de moi. Il a dit: Si tu ne couches pas avec moi, je te tuerai ! J avais trop peur pour dire ou faire quoi que ce soit. Apr s le viol, j ai couru me cacher dans la brousse o j ai pass deux mois. Je suis toujours sous le choc et traumatis e. Aucune des victimes de viol interrog es n a pu recevoir de soins m dicaux imm diatement apr s l attaque en raison d une s rie d obstacles, notamment parce qu elles taient d plac es de leurs foyers, le manque d infrastructures m dicales, le co t pour se rendre vers de tels lieux, le co t des soins m dicaux, et la crainte de la stigmatisation et du rejet. Des soins m dicaux ont t dispens s certaines, comme le d pistage des maladies sexuellement transmissibles, pour la premi re fois seulement entre fin juillet et mi-ao t, voire plus tard. Un m decin ayant d pist les survivantes en ao t a d clar qu elles d crivaient des sympt mes compatibles avec le stress posttraumatique et la d pression : peur, anxi t , insomnie et incapacit s acquitter de t ches quotidiennes. Les survivantes de viol ont d clar qu elles luttaient pour reconstruire leur vie et subvenir leurs besoins et ceux de leurs familles. Des t moins ont d clar qu la fin de l attaque, qui a dur trois heures, les soldats ont emmen au moins 36 hommes dans une base militaire Besongabang, environ huit kilom tres de l , o ils ont t rou s de coups plusieurs reprises, des passages tabac d une violence relevant de la torture. Ces hommes ont t d tenus la base pendant un jour, puis transf r s au poste de gendarmerie de Mamfe, la principale ville de la division de Manyu. Les soldats nous ont fait monter bord d un v hicule militaire et conduits leur camp , a expliqu un homme g de 25 ans. J avais les mains li es derri re le dos. Quand nous sommes arriv s sur place, les soldats m ont pass tabac. Ils m ont frapp aux jambes tr s violemment, j en ai encore des cicatrices. Quatre des d tenus la base militaire de Besongabang ont t moign que des soldats sont venus chercher Ojong Thomas Ebot, g de 34 ans, dans leur cellule, et qu il n est jamais revenu. Selon eux, les soldats ont tu Ojong plus tard, dans la for t entourant Ebam. Six autres t moins ont d clar avoir vu, vers 7 heures du matin, un camion militaire revenir Ebam et repartir peu apr s. Les habitants ont d couvert le corps d Ojong moins d une heure plus tard. Deux de ses proches ont d clar l avoir enterr le m me jour. A g de 28 ans, un tudiant et membre de sa famille a d clar : Ils ont ramen le corps la maison. J ai vu trois blessures par balle : une la t te, qui tait la pire ; une la poitrine ; et une au coude. Son cr ne tait presque d truit. C tait douloureux voir. Human Rights Watch, qui a examin des photographies montrant le lieu exact o Ojong a t inhum Ebam, les a corrobor es l aide de r cits de membres de la famille et d habitants du village. Des t moins ont d clar que l op ration militaire a t men e en repr sailles contre des civils suspect s de coop rer avec des combattants s paratistes arm s et de les abriter. Les soldats auteurs de viols ont galement laiss entendre, dans leurs insultes verbales contre leurs victimes, qu ils les commettaient en partie pour les punir de leur affiliation pr sum e avec des combattants s paratistes arm s. Une femme de 28 ans, victime de viol et t moin de l attaque, a d clar Human Rights Watch : Les militaires m ont demand , ainsi qu aux autres villageois : O cachez-vous les Ambas [s paratistes] ? Nous avons dit que nous ne savions pas o les Ambas [s paratistes] se trouvaient. Alors, ils [les soldats] ont dit : *La prochaine fois que nous reviendrons ici, nous tirerons sur tout le monde si vous ne nous montrez pas les Ambas* [s paratistes] maintenant . L attaque d Ebam a t perp tr e 16 jours apr s le massacre de Ngarbuh, dans la r gion du Nord-Ouest, galement imput des soldats, de 21 civils, dont une femme enceinte et 13 enfants, provoquant un toll dans l opinion publique au Cameroun et au-del . L attaque n a pas eu d cho v ritable pendant un an, en partie cause de la stigmatisation et de la crainte des repr sailles qui d couragent les survivantes de violences sexuelles d voquer leurs exp riences. Le manque de t moignages de leur part sugg re galement que les incidents de violence sexuelle commis par des soldats sont probablement beaucoup plus nombreux que les cas recens s, a conclu Human Rights Watch. Human Rights Watch documente les violations g n ralis es des droits humains commises par les forces de s curit camerounaises dans les r gions anglophones depuis 2017, y compris les actes de torture et les violences sexuelles. Les responsabilit s pour les abus perp tr s par des militaires dans les r gions anglophones au cours des quatre derni res ann es ont rarement t tablies, voire pas du tout, et les atrocit s commises par des membres des forces arm es nationales restent en grande partie impunies. Le gouvernement camerounais a des obligations juridiques en vertu du droit international pour veiller ce que les responsables de violences sexuelles et autres crimes graves tels que le meurtre, la torture et les traitements inhumains fassent l objet d enqu tes et de poursuites judiciaires. Il a galement pour obligation d offrir des r parations, telles qu un d dommagement financier, un soutien aux moyens de subsistance ou un acc s des soins m dicaux et psychologiques long terme pour les survivantes de telles attaques. Les autorit s camerounaises devraient mener d urgence une enqu te ind pendante sur l attaque d Ebam, avec le soutien de l ONU et de l Union africaine, et rendre ses conclusions publiques , a conclu Ida Sawyer. Garantir justice et r parations sera essentiel pour dissuader de futures attaques et aider les survivantes surmonter cette preuve. Informations suppl mentaires sur l attaque Ebam Les cycles de violence au Cameroun Depuis quatre ans, les r gions anglophones du Cameroun ont sombr dans un cycle meurtrier de violences qui a fait plus de 3 500 victimes et provoqu le d placement de leurs foyers de plus de 700 000 habitants. Trois millions de personnes y ont besoin d aide humanitaire. Human Rights Watch estime plus de 3500 le nombre de tu s depuis fin 2016. La crise a t marqu e par des violations g n ralis es des droits humains par les forces gouvernementales et les s paratistes arm s. Les forces de s curit ont tu des civils, ras des centaines de maisons, agress sexuellement des femmes et proc d des arrestations arbitraires, et tortur des centaines de combattants s paratistes pr sum s. Des s paratistes arm s ont galement tu des civils, attaqu des travailleurs humanitaires et des coles, enlev des centaines de personnes, y compris des tudiants et des enseignants, d truit des maisons et tortur des opposants pr sum s. En mars 2020, les Forces de d fense du Cameroun du Sud (SOCADEF), une organisation s paratiste, ont appel un cessez-le-feu au moment o la pand mie de COVID-19 a t d clar e, d cision salu e par le porte-parole du Secr taire g n ral de l ONU. Le 16 juin, des responsables gouvernementaux ont tenu des pourparlers de paix dans la capitale, Yaound , avec les leaders du Gouvernement int rimaire, une importante organisation s paratiste dirig e par Sisiku Julius Ayuk Tabe, qui avait d j t condamn la perp tuit et se trouve actuellement dans un quartier de haute s curit de la prison de Yaound . Cependant, ni l appel un cessez-le-feu ni les pourparlers de paix n ont mis fin la violence contre les civils. Le 10 septembre 2019, dans un contexte de violences croissantes et sous forte pression de la communaut internationale, le pr sident Paul Biya a appel l ouverture d un dialogue national , une s rie de discussions l chelle nationale visant r soudre la crise. Le dialogue s est achev par l adoption d un statut sp cial pour les deux r gions anglophones et la remise en libert de centaines d individus arr t s en relation avec les troubles dans les r gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le 24 octobre 2020, des hommes arm s ont pris d assaut une cole Kumba, dans la r gion du Sud-Ouest, et ouvert le feu dans une salle de classe, tuant sept enfants et en blessant 13 autres. Le 10 janvier, des soldats de l arm e camerounaise ont tu au moins neuf civils dans le village de Mautu, dans la r gion anglophone du Sud-Ouest. Parmi les victimes figuraient une femme et un enfant. Les soldats ont galement pill des dizaines de foyers et menac les habitants. Violences sexuelles Ebam Human Rights Watch s est entretenu avec 20 femmes, g es de 23 42 ans, qui ont d clar avoir t viol es par des soldats lors de l attaque d Ebam le 1er mars. Leurs r cits ont t corrobor s par un m decin qui les a examin es et soign es et un travailleur humanitaire, membre d un groupe international qui a fourni des conseils psychologiques et une assistance mat rielle aux survivantes. Les viols, qui semblent avoir fait d lib r ment partie de l attaque perp tr e par les soldats contre Ebam, ont t commis lors de fouilles domicile. Un soldat portant un masque est entr par effraction chez moi, o je me trouvais avec ma petite fille , a racont une tudiante g e de 23 ans. Il a point une arme sur moi, a fouill partout. Il m a parl en fran ais. Je parle un peu le fran ais. Il m a ordonn de me d shabiller et m a viol e. Il a dit que je devais rester silencieuse et ne pas crier ; sinon, il me tuerait. J avais peur et je l ai laiss avoir une relation sexuelle avec moi parce qu il me mena ait. Apr s avoir termin , il a pris mon argent, mon t l phone, ma nourriture et mes boissons et est reparti. J ai couru me cacher dans la brousse o je suis rest e deux semaines. Une femme g e de 45 ans, atteinte d un handicap physique et qui a des difficult s auditives et d locution, a d clar avoir t viol e l ext rieur de l glise o elle s tait rendue avec sa fille : Il tait environ 5 h 30. Je m tais r veill t t pour aller l glise avec ma fille de 18 ans Deux soldats [y] sont entr s. L un m a attrap e par la main et tir dehors. J ai commenc pleurer. Ma fille pleurait aussi... L un d eux m a arrach ma robe et viol e dans l herbe. Il a abus de moi pendant plus de 15 minutes. Il a fouill mes v tements, a pris mon t l phone et mon argent, avant de repartir. Au moins trois autres femmes pr sentant des handicaps, notamment physiques, auditifs et visuels, ont t viol es. Une femme g e de 27 ans a t moign : J ai un handicap physique la suite d un accident. Je ne peux pas bien marcher. Une de mes jambes est atteinte. Lorsque les militaires sont arriv s, ils ont arr t mon mari, l emmenant l ext rieur. Deux d entre eux sont rest s dans la maison et m ont forc e entrer dans la chambre. Je portais juste un pagne autour de ma poitrine. Les deux m ont viol e. Si tu alertes quelqu un, nous te tuerons , m ont-ils pr venu. Je leur ai oppos une certaine r sistance et dans l affrontement, ma jambe fragiles a heurt le lit. Elle a enfl et me fait souffrir. Les soldats qui se sont rendus coupables de viols ont galement laiss entendre dans leurs insultes verbales qu ils les commettaient en partie pour punir leurs victimes de leur affiliation pr sum e avec des combattants s paratistes arm s. Avant qu il [le soldat] ne me viole, il a demand : O sont les Ambas [s paratistes] ? J ai r pondu que je ne savais pas , a relat Human Rights Watch une femme g e de 45 ans. Puis il a ajout : Vous tes la femme de l un de ces Ambas, n est-ce pas ? J ai r pondu que mon mari n tait pas un combattant. Une agricultrice g e de 30 ans a d clar que deux soldats taient entr s par effraction chez elle, la poursuite de son mari et de s paratistes arm s : Ils m ont tir e, emmen e dans la chambre. L un d eux m a demand en fran ais: O est ton mari? O sont les Ambas? J ai r pondu que mon mari tait mort. Alors, l un d entre eux m a pouss e et a point une arme sur moi. Il m a accul e dans un coin. Je n avais aucun moyen de crier ou de bouger. Il a us de la force contre moi et m a viol e. J avais peur. J ai pleur . Au moins trois femmes ont d clar avoir t viol es par plus d un soldat. L une d elles, une enseignante g e de 35 ans, a d clar que deux soldats l avaient agress e sexuellement son domicile : Ils portaient tous deux un uniforme de l arm e et des fusils. Ils parlaient fran ais et un anglais rudimentaire. Ils m ont demand o tait mon mari et j ai r pondu que je ne savais pas. Ils taient en col re de ne pas le trouver, alors ils se sont veng s sur moi. Ils m ont d shabill e. Leurs armes me faisaient peur. Tous les deux m ont viol e. Ensuite, ils ont vol mon t l phone. Acc s diff r aux soins m dicaux et au soutien psychosocial La violence sexuelle a boulevers la vie de toutes les femmes interrog es. Aucun d entre elles n a pu avoir acc s des soins m dicaux imm diatement apr s l attaque en raison d une s rie d obstacles, notamment le fait d avoir t d plac e, le manque d infrastructures m dicales, le co t pour se rendre dans de tels lieux, le co t des soins m dicaux et la crainte de la stigmatisation et du rejet. Une survivante g e de 35 ans et m re de huit enfants a d clar fin ao t : Apr s le viol, j ai pris quelques affaires et me suis r fugi e dans la brousse voisine, o je suis rest e plusieurs semaines. Je n ai pas demand d assistance m dicale, car je ne pouvais pas me rendre l h pital dans la brousse. La premi re fois que j ai vu un m decin, c tait il y a trois semaines. Un agriculteur g de 56 ans dont la femme a t viol e a d clar fin ao t : Quand ma femme m a parl [du viol]*, elle tait traumatis e, mais je n ai pas pu l emmener l h pital. Je n avais pas d argent. Nous nous sommes enfuis dans la brousse par crainte d une autre attaque. Ma femme n a re u de l aide que r cemment, lorsqu un m decin est venu la d pister pour le VIH.* Certaines survivantes de viol n ont eu acc s des soins m dicaux, un soutien psychologique et une assistance mat rielle qu entre la fin du mois de juillet et la mi-ao t, cinq mois apr s l attaque, gr ce l intervention d une organisation humanitaire internationale qui a appris mi-juillet que des viols grande chelle avaient t perp tr s. Un m decin ayant d pist les survivantes et effectu des pr l vements sanguins pour v rifier s ils souffraient de maladies sexuellement transmissibles, a d clar : Quand j ai t inform de viols grande chelle, il tait d j trop tard. N anmoins, je me suis rendu Ebam mi-ao t, o j ai examin les femmes qui disaient avoir t agress es sexuellement. J ai effectu des examens m dicaux et rassembl leurs dossiers. Des tests sanguins ont r v l qu au moins deux d entre elles avaient la syphilis. Je ne peux pas dire si c tait cause du viol. Mais ce que je sais avec certitude, c est que ces survivantes sont toujours traumatis es. Deux survivantes ont fait tat de blessures physiques et de maladies apr s leur agression. A la suite du viol, j ai eu des douleurs physiques. J avais mal l abdomen et la t te pendant un moment , a soulign une tudiante g e de 28 ans. Human Rights Watch a galement constat que les viols avaient des cons quences d sastreuses sur la sant mentale des victimes. Le m decin qui a examin les survivantes en ao t a d clar qu elles d crivaient des sympt mes concordant avec le stress posttraumatique et la d pression: peur et anxi t , insomnie et incapacit accomplir des t ches quotidiennes. Je ne sais pas vraiment ce que je ressens. Je pense que je me sens vide et triste , a d clar une survivante g e de 35 ans. Une agricultrice g e de 30 ans s est dite boulevers e et anxieuse : Mon esprit est perturb ; j ai du mal dormir et me concentrer. Quand je pense ce qui s est pass , je ne me sens pas bien. Une femme g e de 27 ans a quant elle d clar : Je me sens mal. Je suis traumatis e. Chaque fois que je vois des militaires, je tremble ; a me rappelle ce qui s est pass , a me rappelle de mauvais souvenirs. Incapables de reprendre le travail ou d autres activit s n cessaires leur subsistance, les survivantes de viol disent lutter pour reconstruire leur vie et subvenir leurs besoins et ceux de leurs familles. A g e de 28 ans et m re de quatre enfants, une survivante a d crit comment l impact long terme de la violence sexuelle sur sa sant mentale l avait emp ch e de trouver du travail, m me si elle en avait plus que jamais besoin, les soldats lui ayant galement pris tout son argent : Je suis psychologiquement perturb e. Je suis stress e parce que je n ai pas d argent. Je ne sais pas ce que je peux offrir mes enfants. Je ne fais rien pour vivre. Personne ne me soutient en ce moment. La stigmatisation associ e l agression sexuelle suscite chez certaines femmes g ne et honte. La crainte de la stigmatisation a galement emp ch certaines de divulguer leur viol, y compris des proches et des parents, et de demander de l aide. Ces femmes ont dit que leurs maris ou partenaires les avaient bl m es ou rejet es, et des membres de leur communaut se sont moqu es d elles apr s le viol. Une survivante g e de 34 ans a d clar avoir t l objet de moqueries de la part de membres de sa communaut : Les villageois savent que j ai t viol e et ils se moquent de moi. Parfois, quand je passe, les gens me pointent du doigt. Ils se moquent de moi au lieu de me r conforter. Une agricultrice g e de 30 ans m re de six enfants a racont Human Rights Watch la r action de son mari lorsqu elle lui a dit qu elle avait t viol e : Il tait boulevers . Il a dit que j aurais d m chapper. J ai expliqu que je n aurais pas pu y arriver ; il n y avait aucun moyen de r sister ou de crier. Il a dit qu il ne pouvait plus avoir de relation sexuelle avec moi. Dans le village, je suis stigmatis e. Les gens se moquent de moi. Quand je passe, ils me toisent et lancent : Regardez, celle qui a t viol e ! Arrestations massives, passages tabac dans une base militaire et d tention au poste de gendarmerie Des t moins ont d clar Human Rights Watch que des soldats sont entr s Ebam, se sont rendus d un domicile l autre, ont vol de l argent et des objets de valeur et contraint 36 hommes sortir de chez eux. Ils ont t emmen s au centre du village, o les soldats les ont menac s. Un agriculteur g de 53 ans, qui faisait partie des personnes arr t es, a t moign : Les soldats n ont pas tir ; ils sont entr s tranquillement et nous ont tous pris par surprise. Peu ont r ussi fuir. Tout le village a t pris en otage. Ils ont fait irruption dans toutes les maisons, y compris la mienne. Ils taient quatre, bien arm s. J tais la maison avec ma femme. Ils ont pris mon t l phone Android et 150 000 francs CFA [environ 271 dollars US]. Ils m ont emmen dehors, au milieu du village o d autres hommes avaient t arr t s. Nous avons tous t forc s de nous asseoir par terre, attach s les uns aux autres avec une corde en nylon, par groupes de trois quatre. Ils nous ont menac s : Aujourd hui, c est fini pour vous. Vous ne reviendrez pas dans votre village. Certains d entre nous criaient et pleuraient. Quatre des hommes ont d clar que, vers 6 heures du matin, des soldats les avaient fait monter bord avec 32 autres dans des convois militaires pour les conduire dans leur base, situ e Besongabang, environ huit kilom tres d Ebam. Les quatre hommes ont d clar que, sur place, les soldats leur avaient inflig des passages tabac d une violence quivalant un acte de torture, ainsi qu d autres, pour les forcer admettre qu ils soutenaient des groupes s paratistes arm s. J ai t tortur quatre reprises. Ils m ont frapp avec la courroie serpentine d une voiture. Lorsqu ils me battaient, ils m ont enjoint de dire la v rit sur les Ambas [s paratistes]*. J ai r pondu que je ne savais rien* , a d clar un ancien d tenu g de 42 ans. Un homme g de 53 ans a t moign : Dans le camp militaire, nous avons t r ellement tortur s. Les militaires nous ont frapp coups de poings et l aide d objets. J ai t frapp avec une grosse lani re en caoutchouc au dos, sur les fesses et les jambes. J ai t frapp plusieurs reprises. Pendant qu ils nous rouaient de coups, ils nous accusaient d avoir h berg les Ambas [s paratistes]. Comme nous n avions rien leur dire au sujet des Ambas, ils nous cognaient toujours plus fort. J ai eu des ecchymoses au dos et aux fesses pendant plus de deux semaines et j avais mal. Le 1er mars, les d tenus ont t transf r s au poste de gendarmerie de Mamfe, environ 10 kilom tres de Besongabang, o les gendarmes ont recueilli leurs t moignages. Ils ont tous t remis en libert entre le 4 et le 6 mars, contre le r glement de sommes comprises entre 25 000 et 35 000 francs CFA (soit entre 45 et 63 dollars US).


Latest News
Hashtags:   

Cameroon

 | 

Cameroun

 | 

survivants

 | 

agression

 | 

militaire

 | 

attendent

 | 

justice

 | 

Sources